Le matériel

Bare bow

Les secrets du bare bow.

Les gaulois avaient la potion magique, les archers ont le bare bow.bare bow
Technique faite d'astuces et de savoir-faire, elle est la plus secrète de toutes et pourtant cette discipline est de plus en plus pratiquée dans l'hexagone. Le bare bow ne nécessite qu'un matériel "dépouillé" mais permet d'obtenir une précision qui décoiffe. Les résultats sont édifiants et la technique est fine, mais qui connaît?

Le bare bow est une technique de visée très précise pour laquelle le viseur n'est pas utilisé. Elle consiste à changer la position des doigts sur la corde en fonction de la distance. Pour chaque distance, la corde est tenue à un endroit bien précis et vient passer sur un point d'ancrage connu, toujours le même. La visée est faite sur un axe "œil - pointe de flèche - cible" constant. En clair, en bare bow, il faut pianoter sur la corde et viser tout droit! Le bare bow, en français "arc nu", porte bien son nom. Inutile de faire des recherches étymologiques pour com­prendre d'où il vient, car l'arc utilisé est, comme on le verra plus tard, effectivement nu. La rusticité du bare bow et sa redoutable efficacité laissent supposer qu'il s'agit d'une vieille technique.
Aujourd'hui, il est surtout pratiqué dans les pays nordiques, ce qui s'explique moins par une tradition culturelle que par une manière d'apprendre le tir à l'arc. En Suède, un débutant s'es­saye plus longtemps au tir sans viseur qu'en France où le secret semble entourer cette technique. Dans la jungle des ouvrages de tir à l'arc, aucun à notre connaissance ne traite réellement du bare bow. Apprendre le bare bow nécessite de connaître un archer initié qui pourra perpétuer la tradition orale attenante à cette technique ! Encore plus surprenant quand nous savons que l'équipe de France des "barboteurs" ramène réguièrement des médailles des compétitions internationales.

Le matériel ... quel matériel ?

La pratique du bare bow s'effectue avec un arc sur lequel rien n'est autorisé, sinon un berger, petit guide qui permet de régler la sortie de flèche en l'écartant plus ou moins de la joue de l'arc et en exerçant une pression réglable sur le tube. Le berger est commun, donc aucune raison de s'attarder sur sa fonction. En théorie, le type d'arc importe peu mais en pratique c'est un classique long. Il peut être doté d'une masse intégrée à sa structure ou rajoutée, par exemple une plaque de plomb vissée sous la poignée. Les flèches sont classiques et une dragonne est la bienvenue. 
bare bow palette
En complément de cet arc, le "barboteur" va utiliser ce qui constitue la clef de voûte de la discipline : la palette. Elle sert à définir la position de la main sous le point d'encochage. Elle est classiquement constituée d'un morceau de cuir pourvu d'une plaque de métal. La palette étant un simple outil d'aide au repérage, elle peut prendre autant de formes qu'il existe de pratiquants. L'essentiel est de pouvoir y trouver des repères précis. C'est tout et c'est peu. Devenir barboteur est donc à la portée de tous, il suffit de s'armer d'un peu de patience.

Mal réglé ne profite jamais ...

Le réglage de l'arc bare bow diffère peu de celui d'un classique. Trois étapes, simplifiées ici, sont nécessaires. Le but est d'ob­tenir un tir propre, droit, à une distance moyenne de 25 mètres. Un test sur les tubes sélectionnés est préalablement réalisé à l'aide d'une table. Il faut obtenir, avec un réglage de palette de 25 mètres pour une distance de tir de 10 mètres, que le tube nu soit à plus ou moins 20 centimètres dans l'axe vertical du point visé. Pour une position de droitier, si le tube est trop à gauche c'est qu'il est trop dur, et inversement. 
Il faut ensuite régler le détalonnage. c'est-à-dire la hauteur du point d'encochage. À une distance de 10 mètres et un réglage de palette de 25 mètres, on tire 2 flèches empennées et 2 tubes nus. Tout doit arriver en cible à la même hauteur. 
Le point d'encochage restera invariable, il contingente l'axe horizontal du tir. 
li faut ensuite régler le berger. À 25 mètres, la flèche empennée doit être dans l'axe vertical du point visé. Puis à 50 mètres et 10 mètres, on doit obtenir le même résultat. Pour cela, il faut jouer sur la dureté du ressort et/ou sur la sortie du berger. Pour ce qui est du tiller, qui équilibre la puissance entre les deux branches en jouant sur l'angle qu'elles font avec le corps, il ne faut pas trop s'en soucier. En raison de l'utilisation spé­ciale de l'arc, comme nous le verrons plus tard, ce réglage ne peut être qu'un compromis; de préférence il faut garder celui d'un classique, avec un écart de 5 ou 6 millimètres de plus sur la branche du haut, soit un tiller positif. 
Ceci étant fait, l'arc bare bow est réglé.

Un peu de géométrie

bare bow placement mainsAu bare bow, rappelons-le, la main tirant la corde se place à une distance du point cl'encochage variable selon que l'on soit à 5, 10, 25 ou 50 mètres. Ainsi, plus le tireur sera près de la cible, plus la main descendra loin du point d'encochage. Inversement, plus il s'éloignera de la cible, plus la main remon­tera près du point d'encochage. C'est ce qui s'appelle "pianoter" sur la corde. L'archer va ainsi jouer avec une utilisation asy­métrique de l'arc : les branches sont sollicitées différemment à chaque fois; c'est d'ailleurs pour cela qu'il vaut mieux un arc long. Rappelons également que, à toutes les distances de cible la main viendra passer en fin de traction sur un repère morphologique du visage bien précis. Ce repère sera par exemple la commissure des lèvres. Que l'on soit à 50 mètres ou à 10 mètres, il reste le même.bare bow tir 10 50
Ainsi, l'observation des photos montre que, la main étant toujours sur le même repère de visage, c'est le point d'encochage qui va changer de place par rapport à l'œil; ceci alors qu'il ne change pas de position sur la corde. L'inclinaison de la flèche est alors modifiée. Plus la main est proche du point d'encochage plus la flèche sera inclinée pointe vers le haut, et inversement. Facile, non ? Chaque archer a donc ses propres repères de palette et un point d'ancrage personnel attenant à sa morphologie. Un archer jovial aura la com­missure des lèvres bien plus haute qu'un archer très sérieux. À chacun sa tête, à condition qu'elle reste la même entre deux tirs ! 
La visée se fait toujours et quelque soit la dis­tance, en plaçant la pointe de la flèche sur le centre de la cible. En outre, il est parfois plus facile d'aligner sa flèche sur un point ne correspondant pas au millimètre près au centre de la cible.

bare bow tirEn traçant une ligne droite partant de l'œil de l'archer, passant par la pointe de la flèche et le centre de la cible, on a l'axe de visée propre au bare bow.


Bien trouver ses repèresbare bow fleche

Débute donc un patient travail de tâtonnement pour déter­miner les repères de palette. Ces repères seront immuables. Ils permettront, en plaçant la palette sur la corde d'avoir en quelques secondes, la position de la main. Notons, et c'est important, que marquer sa palette est interdit en compétition car cela constitue une aide à la visée. Les palettes vendues chez tout bon fournisseur sont donc dépourvues de graduation sur le métal, ce qui en toute logique aurait apporté une précision confortable, mais disposent d'une couture, parallèle à la plaque métallique, servant à placer ses repères ! Ainsi, pour une dis­tance de X mètres, il faudra placer sa main à X points de couture du point d'encochage. Malin, et très précis. 
Pour déterminer ses repères, il faut donc se placer à une dis­tance connue et trouver le bon placement de main pour viser juste. Cela diffère peu de la manière de régler un viseur. Ainsi, chaque archer a sa propre palette. Un tireur de bare bow ayant oublié sa palette sera plus désarmé qu'un ver au bout de l'hameçon. Pas de palette, pas de repère et pas de repère, pas de bare bow. Il est donc plus prudent d'avoir plu­sieurs palettes.


Le geste, toujours le geste

Une fois les repères et le point d'ancrage connus, le geste sera ce qui permettra réellement un bon tir. Il est difficile de décrire un geste clairement. Néanmoins il est important de préciser qu'en tir bare bow le geste reste le même qu'en tir classique. La notion de continuité est primordiale, bien plus que tous les repères qu'il est possible de prendre. Lorsque la main arrive au repère du visage, elle ne s'y arrête pas mais passe lentement. Ainsi, il est question de point de passage plutôt que de point d'ancrage. bare bow tir 3bare bow tir 2
L'échappement se fait dans le mouvement et la main reste seule derrière la tête. Le tireur ressemble à Travolta dan­sant le tcha-tcha-tcha dans "Pulp fiction", mais c'est 
terriblement efficace pour faire un spot.
L'arc est à la verticale la plus pure et le corps droit.
 
 
 
 

Vous savez tout, ou presque. Devenir barboteur ne tient plus qu'à vous. Si l'envie de découvrir de nouvelles sensations vous démangent, l'occasion est magnifique. Essayez dès maintenant avec votre matériel habituel. L'achat d'une palette attendra.

Article paru dans "Archers Magazine" sous la plume de Emmanuel LISZE

 

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